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État de l’art sur l’actualité du travail du sexe, et revendication de droits pour les travailleurSEs du sexe.

Le 2 et 3 juin 2023, dans le majestueux cadre de la Sala Borsa de la ville de Bologne, a eu lieu le ‘’Sex workers Speak Out’’. Cet événement, étalé sur deux jours, a été mis en place par différents collectifs et associations tels que le MIT (Movimento Identità Trans), l’asso SWIPE (Sex Worker Intersectional Peer Education), Comitato per i Diritti Civili delle Prostitute fondé par Pia Covre, figure historique du travail du sexe et du militantisme prostitutionnel en Italie, Kinky Girls, Ombre Rosse ( Collettivo transfemminista di sex worker e alleate), et Padova Hardcore Swir (Sex Worker informali e ribelli).

Je suis parti assister à la journée du 3 juin en tant que délégué de Autres Regards.

« Le travail du sexe, un outil d’émancipation et d’autodétermination »

L’événement a été ouvert par Porpora Marcasciano, présidente du MIT, et activiste historique pour les droits des personnes trans, depuis 2021 conseillère communale à Bologne. P.M s’est exprimé sur le sexwork en définissant cela comme une expérience très précieuse qui s’est révélée pour elle fondamentale dans la lecture et dans la compréhension du monde, un outil unique d’émancipation et d’autodétermination et une véritable ressource pour fuir nombreuses situations de violence. Des considérations diamétralement opposées à la rhétorique dominante sur le travail du sexe, laquelle inclue principalement des narrations qui le désigne comme une activité catégoriquement indissociable de l’abus et comme une pratique nécessairement soumise à une violence atavique.

Les voix des protagonistes ont été nombreuses et aux profils variés. Personnalités iconiques du monde associatif et militant, dont nombreuses TDS ou ex-TDS, figures du monde académique, syndicale et juridique se sont alternées sur la scène afin de faire un point sur l’actualité du sexwork dans le pays et de mettre en lumière tant ses éléments de criticité que ses horizons évolutifs.
La richesse dense et variée des interventions, la multitude des points de vue, la complémentarité des savoirs et des compétences ainsi que la profonde implication de chacun.e des intervenant.e.s ont permis de réaliser un événement sans précédent sur le territoire national en ce qui concerne le monde du travail du sexe, fertile laboratoire de partage et précieuse expérience de cohésion et de convergence.

Les politiques abolitionnistes et répressives : précarisation et invisibilisation des travailleurSEs du sexe

Les éléments cruciaux qui ont été passés en revue par les vibrants speech de la journée ont surtout visé la revendication des principes d’autodétermination et de légitimité qui devraient s’imposer comme les traits constitutifs et marquants de la sphère du TDS, qui aujourd’hui comme toujours, en France comme en Italie, est vilipendée par une aberrante stigmatisation politique et institutionnelle, imprégnée de logiques réactionnaires et moralisatrices et caractérisée par des finalités à la fois infantilisantes et criminalisantes.

Les textes de loi italiens et français, d’un côté avec l’obsolète Loi Merlin du 1953 qui abolit la réglementation de la prostitution, sur laquelle il y a eu de nombreux focus pendant le speak out, et de l’autre avec la Loi française de 2016 qui acte le principe de la pénalisation du client, sont les escamotages abolitionnistes qui contribuent plus que toute autre chose à l’aggravation de l’état de vulnérabilité et d’invisibilité des travailleurSEs du sexe. Ces cadres légaux, des deux côtés des Alpes, impliquent inexorablement l’inscription du sexwork dans une très contraignante zone grise de la législation, qui empêche les TDS d’obtenir toute protection sociojuridique, qui les exclue également de toute perspective de collaboration, de coopération et d’association professionnelle, destinataires de l’anathème qui les veut comme des sorcièr.es racoleurs.es ou comme des proxénètes spéculateurs.rices. Expropriés.es de fait du droit d’accès au logement, condition qui les rend victimes de palazzinari et marchands de sommeil malhonnêtes qui leur louent studios ou appartements à des prix exorbitants, et qui tirent profit de leurs conditions de vulnérabilité et d’impuissance, tout en contribuant ainsi à la précarisation de la dimension du travail indoor, ils/elles assistent aussi à la circonscription de leur liberté en matière de spatialité et de mobilité.

A ce propos, il a été rappelé pendant le speak out que depuis l’installation du nouveau gouvernement de Giorgia Meloni en Italie, les TDS sont désormais fréquemment victimes de daspo urbains (interdiction d’accès aux sites publics), et que les migrants.es sont également visé.e.s par le nouveau décret Piantedosi (actuel ministre de l’Intérieur), qui très souvent les amène à l’enfermement dans le CIE (Centres d’identification et expulsion) et à faire l’objet de condamnations, à durée indéterminée. Ces exemples ne sont qu’une infime partie des drames humains et politiques que ces professionnels.es encourent quotidiennement, mais ils ont été approfondis soigneusement pendant l’événement en tant qu’enjeux particulièrement emblématiques du niveau d’asphyxie civile subie par ceux et celles qui proposent du sexe tarifé.

L’état de l’art sur le sexwork en Italie comme en France, est loin d’être réconfortant et ne laisse pas entrevoir de futurs scenarios prometteurs. Les lavoratori.trici del sesso sont toujours marginalisé.e.s, tenu.e.s à l’écart, empêché.e.s de s’agréger et de solidariser entre elleux, et sont donc dépossédé.e.s de leur agentivité socio-politique. Infantilisé.e.s ad vitam aeternam par deux autocraties patriarcales et par ses sociétés largement phallocrates et amplement connoté.e.s par une vision obtuse et (hétéro)normative, les TDS sont toujours étouffé.e.s par le bigot rigueur républicaine, considéré.e.s comme victimes de leur naïveté ou comme vecteurs.rices d’immoralité rampante et de dégradation endémique.

Souder un réseau associatif et militant pour lutter pour nos droits

Ce speak out a présenté la possibilité de concevoir un espace consacré à rapprocher et à souder le réseau associatif et les réalités militantes engagés dans le monde du travail du sexe, dans un cadre adéquat et propice. Il a également visé à redéfinir les priorités, les instances et les défis matière de sexwork, notamment ceux ayant pour but l’inversement des tendances décourageantes actuelles, et visant une transition historique vers une réalité plus progressiste et moins hypocrite, tourné vers un avenir où chacun.une aura droit à disposer librement de son propre corps. Le souhait c’est donc d’assister à d’autres évènements de ce type, voués à canaliser les esprits partisans et les énergies révolutionnaires de ceux et de celles qui, concerné.es par le travail du sexe ou simplement allié.es du milieu, croient encore au dépassement de cette très large et effroyable parenthèse politique connotée par l’acharné antagonisme envers cette catégorie socioprofessionnelle.

Walter Guido Rossi